J’aime Liars. J’aime leur côté “avant-garde” tellement provocateur. J’ai découvert le groupe avec Drum’s Not Dead. J’avais lu alors, ça et là quelques chroniques pour le moins évocatrices. On parlait alors de “fous”, de “défricheurs” et le terme “album-concept” me faisait baver d’envie. Nous étions en 2006, j’étais à cette époque plus jeune et mes oreilles n’étaient pas encore tout à fait habituées à ce genre de disque. Car Drum’s Not Dead est un disque différent.
La construction d’un tel disque s’annonçait pour le moins casse gueule. Hors c’est avec un réel talent que le trio (Angus Andrew, Aaron Hemphill, Julian Gross) parvient à bâtir une oeuvre d’une complexité rare. On l’a compris, il s’agissait de nous montrer l’immense potentiel de la batterie ainsi que toute sa palette sonore. Et force est de constater que cet instrument prend avec cet album une toute autre dimension. Bien loin de jouer les simples accompagnateurs, notre batterie et nos percussions sont projetées sur le devant de la scène. Les douze morceaux qui composent Drum’s Not Dead sont autant d’éloges de la complexité et d’odes à la créativité.
Mais il serait dommage de ne s’arrêter qu’à une vision globale de cet opus à la fois froid et irrésistiblement attirant. Le fait est que la première écoute (tout autant que les neuf autres qui suivent) déroute. C’est le moins que l’on puisse dire. Drum’s (on l’appellera désormais comme ça, pour des raisons évidentes de rapidité) s’ouvre sur Be Quiet Mt. Heart Attack! sorte de brume aux accents apocalyptiques où les sons de guitares se superposent. Suit Let’s Not Wrestle Mt. Heart Attack, sorte de marche lente et hésitante, à l’image du personnage. Car il faut savoir une chose: Drum’s contient une opposition de caractère, de manière d’être entre deux personnages inventés de toutes pièces, Mt. Heart Attack et Drum. L’un, le premier, semble incarné l’hésitation et le manque de confiance en soi alors que le second est une force qui va, que rien n’arrête, déterminée et autoritaire. Une fois que l’on a assimilé ces deux entités, la compréhension de l’album est, il me semble, tout de suite plus évidente. A Visit From Drum est ainsi proposé sur des bases très concrètes: l’irrésistible avancée d’un corps que rien n’arrête et une détermination sans faille que les percussions retranscrivent à merveille. Le chef d’œuvre du disque est selon moi The Wrong Coat for You Mt. Heart Attack où la voix de Angus Andrew (magnifique de justesse et de retenue) accompagnée des chœurs de ses compères et de l’ambiance oppressante font merveille. Hold You, Drum, le titre suivant, tranche littéralement par son aspect entêtant, une rude épreuve pour vos oreilles. It’s All Blooming Now Mt. Heart Attack est une plage calme, sans doute la plus calme de l’album, sorte de pause bienvenue avant de s’attaquer à Drum and the Uncomfortable Can où le caractère précédemment évoqué de notre cher Drum est ici confirmé. L’album se conclue avec The Other Side of Mt. Heart Attack, une rêverie surprenante au vu du reste mais d’une facture tout aussi remarquable.
Vous l’aurez compris, Drum’s Not Dead est un album qui m’enthousiasme. Son côté expérimental en est bien sûr la cause principale. Je ne saurais que trop vous conseiller de vous y plonger si ce n’est déjà fait. Ne vous fiez pas aux premières écoutes, trop déroutantes pour être sources d’un avis fiable et définitif. Il s’agit d’un album complet, complexe et remarquable. Je n’ai plus qu’à vous dire que cet album a été enregistré dans les studio Planet Roc à Berlin et vous savez tout.
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